L'informatique au service de la pédagogie
auprès des élèves déficients visuels

Annick Leveau, professeur de lettres classiques

"L'informatique ne remplace pas le support papier, mais simplifie considérablement le travail dans des domaines bien spécifiques."

Annick Leveau, professeur à l'Institut national des jeunes aveugles à Paris, a vu son enseignement bouleversé par l'introduction des nouvelles technologies. Se substituant avantageusement aux outils traditionnels pour le travail en classe et la consultation d'ouvrages, la synthèse vocale et l'extraordinaire plage tactile, qui fait défiler en braille le contenu qu'affiche l'écran, ne sont pour autant pas destinés à les remplacer entièrement.

Le matériel ancien et nouveau

Annick Leveau avec Ariel Suhamy

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, les seuls outils pour "embosser" (c'est-à-dire estamper) étaient la tablette et la machine "Perkins" : la première est d'un usage fastidieux (il faut poinçonner la feuille points par points et à l'envers) ; la seconde est très bruyante. On avait également recours, pour la reproduction de documents, à des supports plastifiés thermogonflés, dont la fabrication exigeait des délais importants. Ces instruments sont toujours utilisés, mais à cela s'ajoute à présent les outils informatiques : des ordinateurs équipés d'agrandisseurs d'écran ; de plages tactiles, faisant ressortir sous formes de picots rétractables le texte de l'écran en braille ; de synthèse vocale, lisant le contenu de l'écran. Tous les élèves depuis la classe de quatrième en sont aujourd'hui munis à l'INJA. L'adaptation est relativement difficile en premier cycle, car il faut arriver à concevoir un espace virtuel : c'est pourquoi le classeur reste indispensable. Toutes les salles sont également équipées, enseignants et élèves ont accès à un réseau internet et intranet en permanence.

Pour les enseignants

Embosseuse

L'outil informatique a apporté une grande souplesse au travail des professeurs : il n'est plus nécessaire de faire imprimer longtemps à l'avance ses documents. Ils peuvent également adapter le cours à tous les types de déficience visuelle avec un même support, selon que l'élève a besoin d'un agrandissement d'écran ou d'une plage tactile. Les élèves ont désormais accès à une masse de documents numérisés facilement stockables : un petit Gaffiot qui représente 30 volumes en braille tient sur une disquette. Enfin, en littérature, l'association SESAME diffuse un grand nombre d'ouvrages classiques et modernes, ce qui rend la lecture plus attractive pour les élèves. Les Misérables représente 50 volumes en braille ; on le trouve sur un seul CD avec 2000 autres ouvrages, soit l'équivalent de 50.000 volumes en braille.

Pour les élèves

Les élèves doivent pratiquer le clavier azerty et le traitement de texte courant, la manipulation des fichiers, etc. Tout cela est difficile à acquérir pour des enfants qui ont besoin de repères matériels. Mais cet apprentissage sera largement récompensé : la prise de notes et la rédaction d'exercice ont gagné en rapidité et en silence depuis que la Perkins n'est plus nécessaire ; les élèves peuvent aussi travailler en groupe, s'échanger des fichiers, quel que soit leur handicap visuel propre. Ils ont également accès à Internet qui représente une formidable ouverture sur le monde et à toute la littérature numérisée.

Limites du support informatique

Machine Perkins

L'informatique ne remplace pas le support papier, mais le complète dans des domaines bien spécifiques : la lecture de documents volumineux qu'il n'est pas nécessaire de conserver pour une étude approfondie ; les exercices ponctuels, les brouillons de rédaction ; la prise de note et le stockage. Mais le support papier reste indispensable dans des domaines bien précis : la lecture minutieuse et répétée de manuels ou de textes littéraires, car le repérage est plus facile que dans un livre numérisé, grâce à la mémoire tactile et spatiale. Pour le baccalauréat, le support papier reste indispensable ; pour la lecture cursive, le livre papier est également plus agréable à feuilleter.

Conclusion : un atout et une ouverture

Plage tactile

Dans la conception même des cours comme dans leur fonctionnement au quotidien, l'utilisation de l'informatique à l'INJA a simplifié beaucoup de choses et permis une multiplication des documents : c'est un atout formidable, en particulier dans les matières littéraires. Les élèves développent ainsi leur goût pour la littérature et s'ouvrent sur le monde à travers Internet. Mais l'informatique reste un outil et ne constitue pas une fin en soi. L'atout principal est que désormais chacun peut choisir, parmi tous les outils mis à sa disposition, celui qui est le plus adapté. Les élèves les plus performants sont ceux qui utilisent tous les outils à leur disposition selon le travail qu'ils effectuent : braille papier, outil informatique, enregistrements sur cassettes ou cd, ou encore services rendus par des personnes qui lisent des documents à haute voix devant eux.

© CyberEcoles, Ariel Suhamy 2003

Année du projet
2003
Etablissement
Institut national des jeunes aveugles
56 bd des Invalides
75007 Paris
Classe  
Contact établissement

Annick Leveau

Contact

Jeanne Suhamy : jeanne.suhamy@aphania.com
Tél. 06 85 15 15 83

Adresse du site Internet vitellus.ifrance.com/vitellus