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Un journal en ligne réalisé par des élèves
François Figlarz,
professeur d'anglais
François Figlarz, professeur
d'anglais au collège Lucie Faure à Paris dans le XXe
arrondissement, anime depuis déjà trois ans, avec
sa collègue de français Madame Rebmeister, les ateliers
multimédias. Chaque année, un nouveau projet est mis
en place. Après le roman-photo de l'an dernier, que CyberEcoles
avait relaté, on est revenu cette année à un
projet plus traditionnel : le journal du collège, mais sous
une forme nouvelle, celle d'un cyber journal mis en ligne par les
élèves eux-mêmes. François Figlarz fait
le bilan de cette activité qui a bénéficié,
comme les années précédentes, du soutien des
cybervolontaires. Le projet est un succès, mais il ne faut
pas non plus croire aux miracles : il est difficile d'arracher les
adolescents à leurs habitudes de consommateurs pour les transformer
en créateurs, et l'interactivité est chaque jour à
construire.
François Figlarz, comment en êtes-vous venu à
animer les ateliers multimédia du collège Lucie Faure
?
"Je suis arrivé au collège
l'année où ma collègue Madame Rebmeister mettait
en place ces ateliers et commençait à créer
le site du collège. C'était il y a trois ans, en juin
99. elle m'a proposé le projet du roman-photo bilingue en
ligne, et comme j'avais justement envie de me former moi-même
aux nouvelles technologies, j'ai sauté sur l'occasion. J'ai
d'ailleurs fait mon propre site personnel..."
En quoi consistait le projet multimédia du collège
Lucie Faure cette année ?
"Le projet était celui d'un « cyberjournal
», un journal du collège qui a été publié
en ligne, à raison d'un numéro par trimestre. Contrairement
à notre projet de l'année dernière qui était
réservé à une seule classe, cette fois le projet
était ouvert à toutes les classes, et réunissait
entre quinze et vingt élèves, tous volontaires bien
entendu. Pour eux nous avons ouvert la salle d'informatique entre
midi et deux heures."
Quel était le contenu de ce journal ? Qui décidait
de la ligne éditoriale ?
"Le contenu était laissé au
choix des élèves : comme vous pourrez l'observer en
allant sur le site
du collège, toutes sortes de sujets sont abordés.
Cela va du théâtre (nous avons travaillé en
collaboration avec le théâtre de la Colline) aux activités
sportives, en passant par ce qui passionne les élèves
dans le multimédia, c'est-à-dire les jeux vidéos,
l'humour, le cinéma, etc., ainsi que la révision du
« procès de Médée », qui reprend
en l'actualisant sous la forme d'un procès en correctionnelle
la pièce de Sénèque. Vous trouverez également
sur le site les projets précédents comme le roman-photo
que nous avons fait l'an dernier."
Comment s'est passée la collaboration entre les élèves
de différentes classes ?
"Fort bien dans l'ensemble. Il faut dire
que les élèves, quelle que soit leur classe, sont
plutôt intéressés par Internet, mais plutôt
comme consommateurs (de jeux vidéos, de chat, de pokémons)
que comme acteurs. Toute la difficulté est de les transformer
en créateurs de page web, quand ils ont plutôt tendance
à chercher ce qui leur plaît déjà. "
Comment s'est passé le travail ?
"Les ateliers prenaient en charge des petits
groupes qui dans un premier temps ont procédé à
de la recherche d'informations et à la saisie de textes,
avant de passer à la rédaction et à la fabrication
de pages web en html. C'est là que la collaboration des cybervolontaires
est devenue indispensable."
A ce propos avez-vous observé, au cours de ce travail
en petits groupes et avec des adultes, un changement dans le comportement
des élèves ?
"Oui, mais seulement à long terme. Il
faut préciser que le collège est un établissement
assez difficile, situé entre la porte de Montreuil et la
Porte de Vincennes, avec une population qui est loin d'être
privilégiée ; il est classé comme « Réseau
d'Education Prioritaire ». Au cours des ateliers, les élèves
comprennent qu'il est possible de travailler autrement, que les
choses peuvent être différentes de ce qu'elles sont.
De plus, certains élèves ont acquis au cours de l'année
de réelles compétences. Je dois préciser que
le projet depuis le début a le soutien plein et entier de
l'administration, ce qui est précieux."
Et vos collègues ?
"Du côté des collègues,
c'est moins clair. On observe ce que j'appelle une « techno-réticence
» à Internet et aux nouvelles technologies. Pourquoi
? Les raisons sont multiples : on ne maîtrise pas l'instrument,
on ne le voit pas comme instrument pédagogique ; il y a un
manque de curiosité et une méconnaissance de l'outil
assez générale. Pire, on en fait une question de principe
: il est entendu que ce n'est pas sérieux. Mais peu à
peu la collaboration entre les enseignants s'instaure. Ainsi l'un
des prochains projets est celui d'un herbier autour de la faune
et de la flore du collège, qui sera animé par un professeur
de SVT."
Pour finir, quelles sont les difficultés que vous
avez rencontrées lors de la mise en œuvre de ce projet
?
"Et bien, d'abord, la tendance qu'ont les
élèves à se dissiper. Disons-le franchement,
la création des pages web, le langage html, tout cela les
« gonfle »... ils préfèrent le chat,
et tout ce qui passionnent les adolescents et pré-adolescents
à l'heure actuelle : Loft Story et les Pokémons, et
les jeux vidéos. Comme je l'ai dit, ils sont dans une attitude
de consommateurs, et l'interactivité reste à construire
! L'encadrement est donc indispensable, et paradoxalement il faut
beaucoup plus d'encadrement et d'enseignants pour une salle d'informatique
que pour une classe ordinaire. Je pense qu'il faut aujourd'hui être
« computer literate », cultivé en informatique,
mais que peu de gens encore utilisent l'ordinateur de façon
créative. Pour la plupart des gens ce n'est qu'un nouveau
moyen de consommer. Même si l'ordinateur est un énorme
progrès, le problème reste celui de l'utilisation.
Vous pouvez bien sûr laisser un professeur avec 50 ou même
70 élèves dans la salle d'informatique. Il aura une
paix royale ! Mais aucun objectif réalisable."
Vous pensez donc qu'il faut former les enseignants ?
"Oui, cela se fait
déjà, mais dans le domaine de la technologie. Or ce
qui importe est aussi d'avoir une formation intellectuelle à
l'outil : de constituer une pédagogie de projet et de détour,
une véritable pédagogie de l'Internet. Il y a un débat
de fond à lancer et à développer. Il faut absolument
nous demander dans quel but, à quoi peuvent servir Internet
et le mail. Sinon, ce sera le retour à la consommation et
rien d'autre."
A quoi servaient les cybervolontaires ?
"Dans un atelier il est absolument impossible
à un adulte seul de se débrouiller avec vingt élèves.
En moyenne, il faut compter un adulte pour trois élèves.
C'est pourquoi nous avions environ trois ou quatre cybervolontaires,
au cours de cinq ou six ateliers dans l'année, qui se tenaient
le soir entre 18h30 et 20h30. Leur travail allait de l'assistance
dans l'encadrement du groupe à l'accompagnement pour la création
de pages html. Pour les élèves, l'apport des cybervolontaires
est précieux, parce qu'il représente une ouverture
sur le monde extérieur ; tout d'un coup ils prennent conscience
que leur univers ne s'arrête pas aux enseignants, que des
gens du monde extérieur peuvent aussi s'intéresser
à eux. Cela est très positif. Ils apprennent ainsi
à avoir une nouvelle forme de relation avec l'adulte, qui
n'est pas celle de l'élève avec le professeur. De
plus le cadre n'est pas strictement scolaire et les choses se passent
différemment. Les élèves ont très rarement
l'occasion de travailler en petits groupes. Mais pour les encadreurs
cela réclame beaucoup de patience et beaucoup de disponibilité.
Les cybervolontaires représentent donc une force humaine
non négligeable. J'ai particulièrement apprécié
la rigueur de leur présentation et de leur pédagogie.
Ils sont arrivés avec toute la logistique nécessaire,
transparents, etc. ; ils ont une façon de voir très
carrée, très compétente et technique, qui change
de la perception et de la manière de faire des enseignants.
Leur apport est donc surtout celui du monde extérieur, et
cela a marqué les élèves habitués au
cadre scolaire et à un certain type de rapport avec l'adulte.
"
© CyberEcoles, Sylvain Jouty, juin 2001
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