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Entretien avec Albert-Claude Benhamou,
président du Comité de pilotage
du colloque international
« L'université à l'ère du numérique »
Les Universités numériques ont tenu leurs assises à à la Cité des Sciences de la Villette à Paris les 22, 23 et 24 mai 2006. Le professeur Albert-Claude Benhamou, fondateur de l'Université médicale virtuelle francophone (UMVF), est le Président du Comité de pilotage qui organise le colloque.
Selon lui, les Universités numériques n'ont pas pour vocation de se substituer aux universitaires, mais de les libérer des tâches subalternes (la transmission des contenus) pour enfin communiquer l'essentiel : la maîtrise de ce savoir, la pratique et le jugement, ce qui ne s'enseigne que d'homme à homme.
L'avènement du numérique est pour les Universités une révolution majeure dans l'histoire de la transmission du savoir, aussi importante que l'invention de l'écriture et celle de l'imprimerie, car elle permettra de hisser la pédagogie à son épure, les Universités numériques assumant la transmission des ressources, l'enseignant pouvant désormais se consacrer au développement des contenus, aux usages, en un mot à la communication auprès d'étudiants mieux informés et préparés. Il souligne également la place exceptionnelle de la France dans la mutualisation et la globalisation des savoirs, à l'heure où d'autres se recroquevillent sur leurs droits et propriétés intellectuelles...
Pourquoi un colloque sur l'Université à l'ère du numérique ?
A.-C. Benhamou : Ce colloque, organisé par les communautés universitaires numériques, à savoir les Grandes Ecoles, les Universités, les écoles d'ingénieurs, les IUFM, a pour objet les applications des NTIC à l'enseignement supérieur, dans le cadre d'une action engagée par les pouvoir publics, notamment l'Education nationale, visant à favoriser le développement des systèmes permettant les usages des NTIC, outils, connexions, sans-fil, WIFI, pour tous les établissements d'enseignement supérieur, en vue d'établir notamment la gratuité des connexions. En partant d'un parc modeste d'ordinateur, l'implantation et l'équipement des étudiants en micro-ordinateurs (mise en place du plan un micro pour un euro par jour, en association avec les fabricants), nous sommes arrivés à plus de 300 000 ordinateurs vendus en un an, ce qui a permis d'équiper environ 20 % des étudiants ; à l'heure actuelle on considère que 85% des étudiants sont désormais équipés.
Les conditions réelles pour une université numérique sont en place, ou en passe de l'être bientôt, puisque les établissements eux-mêmes ont des plans d'équipement en ordinateurs fixes ou des systèmes de prêts aux étudiants. Tout cela s'organise de manière assez structurée : les établissements sont coordonnés, les Régions se sont impliquées. Des cellules se mettent en place pour assurer la maintenance et la hotline, ainsi que l'ingéniérie pédagogique. A quoi s'ajoute un plan de formation des étudiants et des personnels. Les Universités numériques sont indissociables d'un plan global, qui associe Etat et Régions.
Tout est en place donc sur le plan technique, ou va l'être sous peu. Qu'est-ce que les Universités numériques vont changer dans l'enseignement lui-même ?
ACB : Les tuyaux sont en place, maintenant, à quoi ça sert ? Eh bien, d'abord à mettre à la disposition des étudiants les outils, ainsi que le confort et la qualité de ce qui est mis à leur disposition. J'ai moi-même à titre de professeur de médecine à l'Université Pierre et Marie Curie, lancé une première Université numérique thématique, l'UMVF (Université m médicale virtuelle francophone), qui couvre la totalité du cursus, de la première année de médecine à la formation continue. Aujourd'hui elle compte 30 adhérents, sur les 32 que compte le pays.
La médecine a été le premier modèle, mais elle n'est pas le seul. Il y a dix thèmes, parmi lesquels le droit, l'ingéniérie, l'environnement, les sciences humaines et fondamentales... La raison d'être du colloque est précisément de mobiliser et de faire connaître les efforts de chacun en la matière, et de décloisonner les disciplines. Les collectivités nationales deviennent les auteurs et acteurs du système, par un travail de mutualisation et de collaboration.
Une Université numérique est une université complémentaire, d'aide aux Universités réelles, qui seules peuvent délivrer l'enseignement pratique indispensable à une formation complète. Elle donne des outils, des ressources, l'accès aux bibliothèques numériques, aux exercices d'auto-entraînement ; elle permet aussi le suivi à distance et le contact direct avec l'étudiant. Ces enseignements sont délivrés sous la forme d'un "référentiel" défini au niveau national, par l'ensemble des communautés de référence. Ils comprennent des vidéos, des simulations, toute la panoplie de la réalité virtuelle et les supports multimédias. A l'heure actuelle, nous voyons les téléchargements rendus de plus en plus faciles grâce aux techniques de podcast, etc.
Ce qui va changer, c'est d'abord l'accès libre, aussi bien pour le grand public que pour les étudiants, des ressources. Les parcours de formation, bien entendu, resteront réservés aux étudiants, puisqu'ils impliquent la participation active de l'étudiant. Mais surtout, ce qui s'annonce, c'est la fin des cours d'amphithéâtre, qui deviendront assez vite obsolètes, et qui d'ailleurs dès aujourd'hui sont rendus difficiles par la masse accrue des étudiants. Ils se transformeront en visio-conférences, diffusées partout par ces technologies de communication, de façon à libérer les enseignants des charges secondaires pour qu'ils puissent se consacrer pleinement à la pédagogie, celle qu'aucune machine ne peut remplacer ; ainsi les cours en petits effectifs, plus adaptés aux travaux pratiques, pourront se multiplier. En même temps, via les chats et mails, les enseignants seront plus proches de leurs étudiants. C'est un immense progrès.
Cela ne risque-t-il pourtant pas d'imposer une sorte de modèle unique ?
ACB : Non, car comme vous le savez le modèle d'Internet n'est pas l'alternative mais l'accumulation : c'est le monde du ET pas du OU. Même si, dans toute discipline il y a des ouvrages de référence, chaque campus numérique peut désormais prétendre à ce statut de référence : la concurrence est ouverte. Mais l'essentiel est que l'enseignant reste le maître de la discipline, et c'est cela que vont permettre les Universités numériques, en distinguant le domaine des ressources de celui de la compétence, que seul un maître peut enseigner. Et le maître devient aussi maître navigateur, car il sait mieux que l'étudiant ce qu'il y a sur Internet.
Les UN ne vont donc nullement se substituer aux Universités réelles ?
ACB : Non, et elles ne remplaceront rien, on continuera d'utiliser le papier, la photocopieuse etc. : on les utilisera même plus. Nous voyons dès aujourd'hui à la fin des cours des nuées d'étudiants se précipiter auprès du professeur pour lui demander de copier son cours avec une clef USB. Le but est de mettre ces ressources à la disposition de tous. L'enseignant n'est pas celui qui détient un savoir figé dans son cartable, c'est celui qui apprend à développer les contenus. Il ne faut pas confondre le contenu de sa communication. Les Universités numériques, en marquant cette distinction fondamentale, vont augmenter la qualité du travail de manière extraordinaire. on assistera donc à une valorisation, non à une disparition.
C'est pourquoi le progrès pédagogique est extraordinaire, car il fera passer l'enseignant à son statut de créateur, capable d'initier l'étudiant à une compétence plutôt qu'à un savoir. J'affirme donc qu'avec le numérique nous avons changé de monde. C'est une révolution aussi importante que celle de Gutenberg. L'écriture, l'imprimerie, Internet constituent les trois grandes étapes. N'oublions pas de plus que c'est l'Université qui a inventé Internet : elle doit rester à l'avant-garde. A elle de s'occuper des questions de sécurité, elle ne peut pas laisser cela à des entreprises privées. Et enfin c'est la France qui a inventé les Universités numériques alors que les Universités américaines, qui sont pour la plupart privées, restent repliées sur elles-mêmes et ne mettent à peu près aucun cours en ligne...
© CyberEcoles, Ariel Suhamy, Aphania, septembre 2006
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Nom de l'interviewé |
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Albert-Claude Benhamou |
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Thèmes |
documentation, recherche en éducation |
| Région-pays |
France, international |
| CyberVolontaires |
Non |
| Contact |
Jeanne Suhamy
Tél. 06 85 15 15 83 |
| Adresse du site internet |
http://www.umvf.prd.fr/
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