Entretien avec François Ledoux,
responsable des classes Villette Projet Multimédia
à la Cité des Sciences et de l'Industrie

"Les élèves gagnent une reconnaissance avec le site web et la présentation du cédérom. C'est pour eux un moment extrêmement riche et fort, et l'institution scolaire est valorisée."

François Ledoux, instituteur, a passé dix ans dans le milieu scolaire avant de s'orienter vers la formation professionnelle où il a découvert l'informatique. Il a ensuite passé plusieurs années au Vietnam où il a assisté aux difficiles débuts d'Internet. Revenu dans l'Education nationale, il est depuis 1998 mis à disposition à la Cité des Sciences et de l'Industrie (CSI) de la Villette ; dans le cadre de son département Education, il s'y occupe des "Classes Villette".

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les "Classes Villette" ?

Il s'agit de projets multimédias construits par une classe et ses professeurs, qui se déroulent à la CSI, encadrés par des attachés scientifiques de la CSI. Il en existe de deux types.

Il y a d'abord des classes thématiques. Ces thèmes sont choisis en fonction des expositions en cours à la Cité des Sciences, mais également selon les compétences de ceux qui sont appelés à s'en occuper.

Et puis il y a les classes Villette "Projet multimédia", dont je m'occupe plus spécialement. Pour celles-ci il n'y a pas de thématique fixe : elles sont construites sur les propositions des enseignants, qui sont bien entendu volontaires. Cela implique toujours quatre jours qui sont passés à la Villette par les élèves, mais on aime bien répartir ces journées sur plusieurs semaines. Bien sûr, cela a pour inconvénient de réserver ces expériences à des établissements géographiquement proches de la Villette, c'est-à-dire de Paris ou de la proche banlieue. Cette année, en mars, nous allons cependant tenter l'expérience avec une classe de Grenoble, que nous accueillerons quatre jours d'affilée.

Ces projets sont très variés et peuvent faire appel à toutes sortes de ressources et de techniques. Bien entendu, on essaye de profiter de toutes les richesses de la Villette. La CSI, c'est aussi un espace où des gens travaillent, où le public circule, pas seulement un lieu où l'on dispose de multiples ressources pédagogiques. Cela peut conduire, par exemple, à interviewer le personnel. Cela amène les élèves à découvrir le lieu, à en explorer les possibilités, en fonction de l'angle et du thème qu'ils auront choisi. Ces projets ne sont pas disciplinaires, d'ailleurs la Cité elle-même ne l'est pas.

Qui sont les enseignants qui postulent à ce genre d'expérience ?

Souvent, les enseignants qui se lancent dans cette aventure connaissent déjà la Cité et une partie de ses ressources, ce qui, là encore, privilégie les établissements parisiens et de banlieue. Celles-ci sont nombreuses et variées, et les classes Villette s'appuient sur tout ce qu'on peut y trouver. Il y a déjà, bien entendu, les expositions, permanentes ou temporaires, ainsi que la médiathèque qui est très riche pour la vidéo. Mais il y a aussi la Cité des Métiers, et, moins connue, la Halle aux cuirs qui n'est pas ouverte au public, où, bien que la Villette ne soit pas un musée d'objets, sont conservés un certain nombre d'appareils liés à l'histoire des techniques. Tout cela constitue le terreau dans lequel vont puiser les élèves pour construire le projet, avec notre aide bien entendu.

C'est pour tout le monde un travail très exigeant, qui demande beaucoup de temps pour sa construction. Il y a également un temps qu'on pourrait dire de post-production qui n'est pas à sous-estimer. Le principe, en effet, est que le résultat du travail commun est publié sur le site web de la Cité, comme une sorte de "mini-site" autonome. C'est un enjeu important pour les enfants, car il y a toujours une grande valorisation auprès des parents à qui on peut montrer les résultats !

Le but est-il de donner aux élèves une sorte de formation multimédia ?

Pas du tout. Le multimédia n'est qu'un outil, dont, il est vrai, les élèves pourront comprendre combien il est complexe ! On va par exemple leur apprendre à utiliser Photoshop pour détourer une image, mais on ne rentrera pas dans toutes les subtilités de ce logiciel. Nous avons une salle dédiée à ces expériences, où les élèves apprennent à manipuler des pages Html, des images, des textes, des sons, de la vidéo avec les logiciels appropriés, cela toujours en fonction des besoins du projet et non selon un programme technique. Parfois d'autres outils ont été utilisés : un des projets fait appel au courrier électronique, un autre a utilisé la visioconférence. Les élèves apprennent aussi à utiliser Internet, à y faire des recherches.

Ensuite un travail purement technique peut être effectué ensuite par nos soins, pour traiter les sons par exemple. L'important est plutôt l'expérience pédagogique : celle d'un travail en équipe, impliquant les élèves, bien sûr, mais aussi un ou plusieurs professeurs, et l'équipe technique de la Villette. C'est un travail au long cours, qui s'échelonne en fait sur toute la durée de l'année scolaire, comme en témoignent les "journaux de bords" présents sur le site : le projet commence à être élaboré par les élèves en novembre, et en juin le résultat est présenté au lycée sous forme d'un cédérom.

Quelles classes peuvent être concernées ?

Jusqu'à présent, cela va du CM2 et de la sixième jusqu'à la terminale. Et contrairement à ce que vous pourriez croire, ce ne sont pas uniquement que des professeurs des disciplines scientifiques qui se sont impliqués dans ces projets : nous avons aussi travaillé avec des professeurs de français et d'arts plastiques, par exemple, et les thèmes choisis permettent beaucoup de liberté et relient les disciplines. Dans le projet qui a pris le thème du parfum, par exemple, les élèves ont abordé l'histoire, le marketing, la chimie, la physiologie...

La présentation des pages web implique aussi forcément un aspect artistique. Tout cela représente un gros investissement pour les classes, et un gros travail pour nous. Il nous serait, malheureusement, difficile d'accueillir plus de quatre classes par an.

J'imagine que les enfants doivent beaucoup apprécier cette expérience...

Oui et ce qui est intéressant c'est que cela autorise beaucoup d'approches différentes, compte tenu des possibilités très diverses du multimédia. Il y a beaucoup de médiations possibles avec le savoir, de sorte que tous les gamins peuvent s'y investir, chacun à sa façon, en trouvant son angle propre dans le cadre du travail collectif. C'est un grand motif de satisfaction, car on a l'impression qu'ici la technologie apporte vraiment quelque chose.

Pensez-vous que ce genre d'initiative peut contribuer à redonner le goût de l'école à certains de ceux qui l'ont un peu perdu ?

Si le goût de l'école, c'est le goût de la lecture, de la recherche, du travail en commun, si c'est le goût de l'effort et de la discipline dans un travail - et le multimédia nécessite l'un et l'autre -, alors oui, je le crois. D'ailleurs, ce ne sont pas forcément les meilleurs élèves qui s'insèrent le mieux dans ce travail collectif, même si, derrière, nous sommes là pour veiller que chacun puisse s'approprier un outil et jouer son rôle. Et puis les élèves y gagnent une reconnaissance, avec le site web et la présentation du cédérom sur écran, au lycée ou au collège. C'est pour eux un moment extrêmement riche et fort, et là c'est bien l'institution scolaire qui est valorisée.

Propos recueillis par Sylvain Jouty, Aphania.
© CyberEcoles, janvier 2001

Nom de l'interviewé
François Ledoux
Thème
projet multimédia, site, cd-rom
Région-pays France, Paris
CyberVolontaires Non
Contact

Jeanne Suhamy : jeanne.suhamy@aphania.com
Tél. 06 85 15 15 83

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